Publié le 6 août, 2009 à 15:38 par Pierre Morin

Bernard Landry a tort

source: montrealexpress.ca

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Au-delà de la rétorique dépassée qui relève bien plus de ce vieux phantasme des séparatistes au sujet du Grand soir, la réplique de Bernard Landry à l’éditorial d’André Pratte n’apprendra rien à personne. L’indépendance est inéluctable puisque le « mouvement » suit une inexorable progression.

« Aujourd’hui, une bonne proportion de souverainistes sont grands-parents et ils n’ont généralement pas à convaincre de leur idéal les deux générations de leur descendance : c’est presque toujours déjà fait naturellement. Cela crée une triple alliance intergénérationnelle extrêmement porteuse. »

Le problème est qu’une telle déclaration ne reflète aucunement la réalité, à moins que le PQ n’admette une fois pour toutes que sa litanie de stratégies référendaires relève plus du « wishfull thinking » que d’une analyse rigoureuse de la pensée politique des Québécois.

Ma propre lecture des faits a créé un doute sérieux sur la tenue d’un autre référendum, parce que je refuse de croire que les péquistes voudront risquer un autre recul sévère de la souveraineté de notre Assemblée nationale et de notre peuple. De plus, au-delà des discours écrits uniquement pour le moral des troupes, il doit bien y avoir quelques lucides (au sens large du terme) dans ce parti, capable de comprendre qu’un nouveau référendum est voué à l’échec. T’as beau être masochiste, il y a des limites que tu refuses de franchir.

Les nouveaux électeurs, ceux qui n’ont pas voté lors du dernier référendum de 1995, ne sont pas des souverainistes, indépendantistes, séparatistes. Ils sont ailleurs, ils regardent leur monde globalement, ils voient plus loin que le Rocher percé! Le rêve de leurs parents, celui que Landry affirme qu’il se transmet naturellement, n’a justement pas été transmis pour la simple et bonne raison que ça ne se transmet pas un rêve!

D’ailleurs, Bernard Landry semble avoir une mémoire sélective puisqu’il oublie le rapport accablant des « Mousquetaires », qu’il avait lui-même commandé.

Le Devoir titrait ainsi un texte de Kathleen Lévesque en date du 23 septembre 2004 : « Les jeunes jugent la souveraineté désuète »

« Le projet est dépassé, constatent, assommés, trois jeunes députés péquistes. En dehors des cercles péquistes, l’option souverainiste n’est pas considérée comme une solution aux enjeux sociaux ni comme une réponse aux aspirations des jeunes. “Pire, elle est dépassée, désuète et vétuste”, ont constaté trois jeunes députés du Parti québécois. Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois en sont arrivés à cette conclusion après avoir fait une tournée auprès de jeunes de tous les horizons du 30 janvier au 7 avril dernier dans 25 villes du Québec. »

Accessoire et trivial

« Chez les étudiants des centres de formation professionnelle et parmi les jeunes participants à des mesures d’employabilité aux Carrefours jeunesse emploi, la souveraineté n’est pas une réponse concrète aux problèmes de la société. À cet égard, ils considèrent même le débat sur l’avenir du Québec comme “bien accessoire et trivial”. Si les élèves des écoles secondaires et des cégeps se montrent majoritairement souverainistes, ils dissocient la souveraineté de tout projet de société. Face aux politiciens, ces mêmes jeunes se sont montrés très cyniques, soulevant les problèmes d’éthique. (…) De façon générale, les jeunes, lors de ces rencontres, ont surtout montré beaucoup d’intérêt pour les questions de développement durable, d’environnement, de mondialisation et de démographie. Le contraste avec les militants du Parti québécois est flagrant. Ces sujets ne sont pas très populaires, précisent les députés. “On préfère parler de la langue, de la souveraineté, de l’histoire du Québec et de nous-mêmes, le PQ. Tous les enjeux aboutissent avec la souveraineté comme solution et tous les problèmes actuels sont redevables au système fédéral actuel”… »

À moins d’avoir vécu sur une autre planète au cours des quatre ou cinq dernières années, il est difficile de croire qu’un changement radical se soit produit au sein de la société québécoise au point où la séparation du Québec soit devenue LA solution miracle à tous les maux. Évidemment, je fais abstraction du PQ et du Bloc.

La conclusion de l’article de Kathleen Lévesque est toujours d’actualité.

« Si des changements ne sont pas opérés, “la souveraineté sera alors une vieille idée, et le mouvement souverainiste, un vieux mouvement”, ajoutent les auteurs de ce rapport de 12 pages. Ils notent également que le programme du parti devrait présenter des valeurs plutôt qu’une “liste d’épicerie” de mesures particulières.  “Nous ne pouvons plus nous permettre des débats strictement idéologiques seulement entre nous sur une méthode et une mécanique référendaire abstraite. [...] Nous ne pouvons plus dire que la souveraineté est une réponse aux injustices commises hier et l’aboutissement historique d’une démarche entreprise jadis”, concluent-ils. »

A Propos de l'Auteur

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Commentaires (2)

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  1. Casimir dit :

    Bonjour Bleuquébec,

    Ne vous réjouissez pas trop vite, l’appui à l’indépendance n’est pas significativement à la baisse. À mon avis, c’est le PQ qui est en perte de crédibilité. Dans de nombreux sondages, l’appui à la souveraineté est plus élevé que celui au PQ.

    Par contre, je dois admettre avec vous que la souveraineté ne passe pas aussi bien avec la nouvelle génération. J’y vois plusieurs causes:

    1) Un désengagement et un cynisme face à la politique (comment voulez-vous que les jeunes considère un projet éminemment politique, l’indépendance du Québec, comme viable dans ce contexte);

    2) Un manque de cohérence dans le discours et l’action des souverainistes;

    (Voir a ce sujet : http://reflexionsquebecois.blogspot.com/2009/07/et-si-le-pq-proposait-lindependance.html)

    3) Un travail de nation-building de la part de l’État fédéral d’une rare efficacité et relayé par la majorité des médias.

    Il y a vraiment un problème de communication de l’idée d’indépendance car la jeunesse qui est davantage ouverte sur le monde que les générations précédentes ne s’approprie que difficilement le projet.

    La solution : faire comprendre aux jeunes que la nation québécoise n’a presque pas de visibilité et d’espace de participation sur la scène internationale. L’international c’est le Canada qui s’en charge !

    (Voir à ce sujet : http://reflexionsquebecois.blogspot.com/2009/07/aeroport-montreal-trudeau-le-quebec.html)

    L’indépendance permettrait de participer pleinement aux décisions influençant la mondialisation des marchés et la gestion environnementale de la planète, deux enjeux fondamentaux pour les jeunes comme vous le mentionnez dans votre billet.

  2. Sylvain Guillemette dit :

    « De plus, au-delà des discours écrits uniquement pour le moral des troupes, il doit bien y avoir quelques lucides (au sens large du terme) dans ce parti, capable de comprendre qu’un nouveau référendum est voué à l’échec. T’as beau être masochiste, il y a des limites que tu refuses de franchir. »

    Le deuxième référendum a augmenté les chances de gagner. Les adéquistes auraient-ils peur que les péquistes réussissent? Une chose est certaine, c’est que l’ADQ se plaît dans ce pays impérialiste de Stephen Harper –qui participe à des crimes internationalistes.-!

    « Les nouveaux électeurs, ceux qui n’ont pas voté lors du dernier référendum de 1995, ne sont pas des souverainistes, indépendantistes, séparatistes. »

    Et pourtant, je suis indépendantiste, et je ne pouvais pas voter en 1995.

    « e rêve de leurs parents, celui que Landry affirme qu’il se transmet naturellement, n’a justement pas été transmis pour la simple et bonne raison que ça ne se transmet pas un rêve! »

    Une idée est éternelle, si l’on l’entretient.

    « “Pire, elle est dépassée, désuète et vétuste”, ont constaté trois jeunes députés du Parti québécois. Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois en sont arrivés à cette conclusion après avoir fait une tournée auprès de jeunes de tous les horizons du 30 janvier au 7 avril dernier dans 25 villes du Québec. » »

    Une idée incomprise…, pas vétuste. S’agit maintenant de bien expliquer les avantages de celle-ci. Mais de là faire des textes fanatiquement nationalistes comme ceux de Madame Moreno, non merci.

    Et si les mouvements indépendantistes sont désuets, imaginez le capitalisme et les partis capitalistes qui continuent de prôner le capitalisme sauvage, alors qu’aux États-Unis, ils affichent, avec ce système en place, une dette dépassant –depuis Obama- les 1800 milliards de dollars, et je suis certain que c’est pire en réalité –Irak= plus de 3000 milliards-. Qu’il y ait des adéquistes prêts à nous vendre le modèle de santé états-unien, qui ne fonctionne plus, qui ne fonctionne sinon, que pour les riches, ça aussi, c’est inquiétant!

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