Publié le 11 mars, 2010 à 13:43 par Gérald Larose

De l’importance des symboles

Vancouver 2010

Les jeux sont finis. La marée rouge aussi. Un étalage orgiaque qui a surpris même les Européens. Eux qui croyaient les Canadiens plus sobres à ce chapitre. C’était oublier que ce type d’évènement repose essentiellement sur le culte des nations et qu’en plus le Canada est en quête de nation. Déjà les nations bien établies qui organisent les jeux en font beaucoup. Il n’y a pas de surprise à constater qu’une nation qui essaie de se construire (canadian nation building) en fasse énormément. Sans arrêt, pendant quinze jours.

Un coup d’œil sur les télévisions étrangères nous apprend que la couverture des jeux ne se fait qu’à l’aulne du succès des athlètes de chacun des pays. Les États-Unis parlent des athlètes états-uniens. La France, des athlètes français. La Norvège, des athlètes norvégiens. Etc. Et à chaque fois est hissé le drapeau, chanté l’hymne national et sont exhibées les couleurs du pays au tableau des médailles. Un sentiment de fierté couvre le visage des champions et amplifie la voix des commentateurs. Les spectateurs du pays concerné, gonflés à bloc,  communient littéralement à l’évènement. Les symboles ne sont pas « symboliques ». Ils agissent. Ils ont pour objectifs de faire les individus se rassembler, de leur permettre de se nommer collectivement et  de proposer leur collectif à la reconnaissance de  tous les autres collectifs. Ces symboles ont pour mission de faire nation.

Inversement, l’absence de ces symboles vise à empêcher les individus de se rassembler  dans un collectif autre, de se nommer  et d’être reconnus comme collectif distinct. L’interdiction de ces symboles vise à défaire nation. C’est ce qui explique la féroce objection du Canada à permettre aux médaillés québécois d’arborer le drapeau québécois lors de leurs performances. C’est ce qui explique aussi l’acharnement qu’il a mis à bannir le drapeau du Québec  des fêtes du 400ième et de lui substituer sa couleur bleue par celle orangée de Canadian Tire.

Les symboles sont importants. Et lorsque le Québec sera indépendant, comme toutes les nations, il les mettra en évidence. Sans tomber, nous en sommes convaincus, dans  l’intoxication et la propagande puisque déjà Québec, lui,  forme nation.

A Propos de l'Auteur

Gérald Larose à publié 15 articles sur ce site.

Diplômé en théologie et en travail social de l'Université de Montréal, il oeuvre comme travailleur social dans un quartier populaire de Montréal avant de faire carrière dans le mouvement syndical. Il occupe la présidence du Conseil central de Montréal de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), puis la vice-présidence du comité exécutif de cette centrale. En 1983, il devient président de la CSN, fonction qu'il conservera jusqu'en 1999. Il s'agit d'un record de longévité pour un président de la CSN ou de son ancêtre, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), dont la fondation remonte à 1921. Souverainiste convaincu qui favorise le visage qu'effectue sa centrale vers cette option politique en 1990, il participe aux travaux de la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir du Québec. À partir de 1999, il enseigne à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Puis, en 2000, il revient dans l'actualité en présidant les États généraux sur la langue française au Québec. Il préside également une autre consultation qui porte sur une politique de l'action communautaire autonome.



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Commentaires (6)

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  1. Philippe Dujardin dit :

    Oui les pays regardent leurs athlètes, mais aussi on regarde la nationalité des vainqueurs, du podium, on entend les hymnes nationaux, on voit les drapeaux.

    Naturellement, les gens du monde entier n’ont pas la compétence de radio-cadenas pour définir qui est ou qui n’est pas un athlète québécois parmi les Canadiens !

    Pour le reste de la planète ce ne sont que des Canadiens. Parmi ces gens, il y a des décideurs, des hommes d’affaires et tous ignorent que le Québec est une nation à part entière, une nation co-fondatrice du canada.

    Il a été démontré que le fait que le Québec soit invisible au reste du monde (en dehors de la France) nuit à notre épanouissement économique et culturel. Même pour l’intégration de certains de nos nouveaux arrivants qui arrivent ici comme dans une quelconque province et n’ayant jamais entendu parler des Québécois, de ce peuple, cette nation, du fait français notre langue commune.

    Oui ce sont des symboles, des symboles qui nous coutent très cher, justement parce que nous, nous n’y sommes pas.

    Même en restant dans un canada uni, la nation québécoise devrait pouvoir afficher ses couleurs lors des compétitions internationales. Je sais que le Canada ne le voudra jamais, trop peur que cela unisse les Québécois, leur donne des rêves de grandeur, leur donne enfin envie de se tenir debout, gela aux autres nations libres de ce monde. C’est cela l’impérialisme canadien qui nous promet un épanouissement du Quebec au sein d’un canada uni, et y a encore des naïfs pour croire cela !

    • Serge Gagnon dit :

      Même en restant dans un canada uni, la nation québécoise devrait pouvoir afficher ses couleurs lors des compétitions internationales. Je sais que le Canada ne le voudra jamais

      Après tout le mal que le fédéral s’est donné pour uniformiser le Canada, après tout l’argent dépensé dans ce sens depuis la crise des années 30, après tous les efforts que Pierre Elliot Trudeau a faits en particulier avec le rapatriement de la Constitution en 82, après tout les efforts de fausse ouverture et d’écran de fumée comme Meech et Charlottetown et les couteux programmes comme l’ECUS et de commandites, il est évident que le fédéral ne le permettrait pas…

  2. Serge Gagnon dit :

    Au sujet des symboles nationaux, avez-vous remarquez l’hymne national de la Fédération de Russie aux Jeux olympiques ?

    Il n’y avait plus de paroles à l’hymne national soviétique depuis le début des années 50, car certaines parties faisaient référence à Staline.

    Début 90, parce que les athlètes ne se sentaient pas interpellés par la version instrumentale lors des Jeux olympiques, on se cherche une nouvelle mélodie. Début 2000 on revient sur la version originale et on tente de se trouver de nouvelles paroles. Et voilà !

    Après la passation du drapeau olympique au maire de Sochi (et après la petite version yéyé chantée par des tites filles de l’hymne national du Canada), on a eu droit à la version a capella de l’hymne national de la Fédération de Russie chanté par le choeur de chambre national de Moscou…………

    Moi et ma femme (qui est Française et n’en a rien à cirer des Russes sans les détester) on a pas dit un traitre mot tout au long de la performance. 15 secondes plus tard, elle a pris la parole pour dire (Ouais ben… ça impose le respect !) et j’ai juste acquiescé de la tête.

    Un hymne national, c’est supposé être rassembleur. Chanté par une quarantaine de personnes, ça donne franchement une impression « national » un peu plus qu’une tite fille yéyé qui fait une version yéyé (toutes les générations écoutent du yéyé ?).

    Pendant ce moment, j’aurais été fier je pense d’être un Russe et d’être là !

  3. Normand dit :

    Juste comme çca, au Jeux Olympiques, ce n’est pas les pays qui sont représentés? Le Québec, est à moins que je ne me trompe, encore une province du Canada? Pourquoi devrait-on mettre le drapeau du Québec au premier plan? À moin que l’on soit devenu un pays sans que je ne le sache.

    • Serge Gagnon dit :

      Effectivement, aujourd’hui ce sont les pays qui sont représentés, car eux même sont censés représenté la ou les nations qui vivent sur leur territoire.

      As-tu remarqué les totems et les différents drapeaux autochtones à la cérémonie d’ouverture ?

      Si oui, c’est que le gouvernement fédéral reconnait seulement les nations autochtones comme ayant une culture, une langue et des coutumes différentes du reste du Canada. Pour les autres gens différents des Anglais venus s’établir sur le territoire, soit les Italiens, Irlandais, Bosniaques, Arabes, Africains, Asiatiques, Français de la vague coloniale ou contemporains, c’est du pareil au même : c’est le multiculturalisme qui prévaut. C.-à-d., on reconnait qu’il sont différents en tant qu’individu, mais pas collectivement. Les Québécois pris individuellement sont donc reconnus par le fédéral au même titre qu’un Afghan venu s’établir au sein d’un pays où une nation est déjà établie et qui a une culture, une langue et des coutumes différentes. Et pour ce qui est du Québec dans son ensemble : rien, sinon des responsabilités supplémentaires pour protéger ses minorités anglophones.

      Aux autochtones, le fédéral reconnait la distinction culturelle, mais ne lui donne pas l’autonomie gouvernementale; au Québec, on accorde une certaine autonomie gouvernementale, mais pas la reconnaissance de distinction.

      Dernière chose : à la naissance de la fédération canadienne, personne n’a jamais demandé au fédéral de faire du nation building. Au contraire, on s’est sérieusement interrogé pour faire une union législative au lieu d’une union fédéral pour éviter les tendances actuelles du fédéral et pour ne pas perdre leurs diversités régionales. Car à ce moment, pour amadouer les provinces, les gens du Haut-Canada reconnaissaient la différence avec le Bas-Canada et, même s’ils partageaient la même langue, une différence avec les provinces maritimes…

    • Philippe Dujardin dit :

      Québec, nation CO-fondatrice du Canada. Cela répond à ta question ?

      Et nous ne sommes pas qu’une province « comme les autres », nous sommes une nation reconnue par la chambre des communes et l’assemblée nationale du Québec (à l’unanimité !). je sais que cela te dérange et porte à réfléchir sur le traitement que nous réserve le Canada et le questionnement sur le soit-disant épanouissement de notre nation au sein d’un canada uni.

      Sinon je te ferais juste remarquer que dans l’histoire olympique certains pays ont permis à des entités nationales de se présenter avec leurs couleurs. C’est déjà arrivé entre autre pour une enclave italienne qui avait envoyé UN athlète pour se représenter.

      Mais ici au canada, on préfère faire comme en chine et interdire aux athlètes de s’afficher comme appartenant à une nation distincte. La nation québécoise, même uni au canada, ne peut pas afficher au reste du monde qu’elle existe. Pas la possibilité d’avoir une fleur de lys cousue sur le costume du canada, d’agiter un petit drapeau sur le podium ou lors du défilé.

      Les rares athlètes ayant osé faire cela lors de compétition internationale se sont vus immédiatement renvoyés d’équipe canada et ont perdu leurs subventions. C’est aussi cela le plusse beau pays du monde. J’en connais personnellement. Et non, je ne ne peux pas te dire les noms, parce que même après leur carrière, les commandites qui leur permettent d’arrondir leur fin de mois (grâce aux publicités) pourrait sauter si on apprenait que ce sont des sympathisants souverainistes, car ces pubs sont affichées d’un océan à l’autre et on sait comment les gens du ROC nous aiment trop.

      On ne parlera pas des athlètes québécois, voire simplement francophone, qui n’ont pas été choisis à talent égal contre un bon canadien anglophone… voire quand ils n’était pas tout simplement supérieur à cet anglo !

      Des réalités que tu ne préfères pas voir, on te comprend.

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