Publié le 16 avril, 2010 à 05:04 par Denis Blondin

Falardeau et Chartrand partis, il ne reste plus que Léo-Paul Lauzon

source; Le Devoir

Michel Chartrand nous a quittés. Sa mort m’a profondément attristé. Je l’aimais et je le respectais beaucoup mais pas spécialement pour son style flamboyant, pas pour sa verve inégalable ni pour son front de bœuf. Je l’aimais, je l’aime encore pour les valeurs authentiques qu’il a toujours défendues passionnément, avec une fidélité et un courage qui sont devenus des vertus rarissimes.

D’autres que moi l’ont mieux connu et ont fait mieux que moi son éloge. Pour ma part, c’est plutôt la critique du personnage qui me semble mériter un peu d’attention. Parce qu’à l’avant-scène, ce qui a été mis en scène, ce n’est pas toujours le militant courageux, le Don Quichotte de la guerre contre le mépris des riches et contre la misère et l’indignité imposées aux pauvres. C’est trop souvent un personnage public dont les médias ont voulu faire un amuseur public. À l’instar de Falardeau et de Lauzon.

Accuser ainsi « les médias » de falsification de personnage, ça pourrait facilement être compris comme une remise en question du pouvoir médiatique et des intérêts que les artisans des médias sont généralement obligés de défendre ou de ménager pour que les chèques de paie continuent d’être versés. C’est bien ce que je veux dire mais ce n’est pas tout. Ce qu’on appelle « les médias », ce n’est pas seulement une liste de journaux, de magazines, de sites internet et de stations de radio et de télévision. C’est une société composée de diffuseurs et de consommateurs d’information, c’est notre société, avec ses codes culturels élaborés dans l’interaction. Alors, évidemment, « les médias » québécois, c’est vous et moi, ce sont les usagers tout autant que les vendeurs d’images ou de sons.  Quant  à la proportion des responsabilités entre la poule et ses œufs, j’ai bien ma petite idée mais aucune méthode rigoureuse pour la quantifier.

Le vrai Michel Chartrand et le personnage

Michel Chartrand a eu une longue carrière et une longue vie de militant. Ce qu’il a accompli, les causes qu’il a défendues dans la vie réelle, c’est une chose. L’image du personnage construite et entretenue dans les médias en est une autre. Et à mon avis, il en fut de même pour le cinéaste Pierre Falardeau, et il en est toujours de même pour le spécialiste des finances Léo-Paul Lauzon, qui est aussi une sorte de fils spirituel de Michel Chartrand. Si je réunis les trois sous un même regard, c’est que les trois sont des militants qui avaient ou ont toujours tout pour faire bouger les choses et qui l’ont fait avec toute la fougue possible mais qui ont été forcés de se plier aux règles du jeu pour pouvoir aussi trouver des échos à leur action la scène médiatique québécoise. Dans notre société du consensus absolu, les idées de gauche sont tolérées mais il semble bien qu’avant d’être transmises au vaste public, elles doivent passer par le filtre des grands médias qui les transforment en une sorte de divertissement pour grand public.

Et maintenant, qui d’autre?

Qui d’autre que ces trois grands hommes engagés peut véhiculer une conception de la société qui ne soit pas totalement assujettie au dogme dominant de la richesse à créer ou des compagnies à dorloter pour qu’elles restent chez nous? En réalité, il y en a une multitude mais, de ce nombre, aucun qui ait la chance de voir ses idées répercutées dans les grands médias. Bien sûr, il y a Amir Kahdir et Françoise David, qui font un travail magnifique et qui, de surcroît, refusent d’insérer des Tabarnak dans leurs phrases, ainsi que le leur suggérait Pierre Foglia. Et qui d’autre a la faveur des faiseurs d’images à Radio-Canada ou dans les colonnes de La Presse? Je n’en vois pas beaucoup.

Au moment où le très impopulaire budget « révolutionnaire » de  Jean Charest le fait culminer à un taux d’insatisfaction inégalé de 77%, selon le dernier sondage du Devoir (12 avril 2010), où s’en vont les intentions de vote? Pas à l’opposition officielle du PQ qui plafonne, et pour cause, mais un peu partout à l’ADQ (10%), à Québec Solidaire (9%) et au Parti Vert (8%). J’avoue que, pour moi, il y a quelque chose d’hallucinant et de profondément déprimant dans le fait de voir que le parti Québec Solidaire ne profite pas plus de ce contexte que le Parti Vert ou l’ADQ. Et j’en tiens pour principal responsable cette culture médiatique québécoise qui étouffe toute expression des idées qui s’écartent du consensus de la majorité dominante, à moins que ces idées ne puissent être travesties en divertissements.

Cela dit, je conserve une profonde tendresse et un immense respect et pour Michel Chartrand et je reste persuadé qu’il nous a beaucoup fait avancer. Malgré la récupération dont son personnage public a été l’objet dans les grands médias, il a aussi passé bien plus de temps à communiquer avec de vraies personnes, dans des écoles, des Cégeps, des salles paroissiales, des coins de rues ou de petites cuisines. Par contre, je reste aussi persuadé que ses idéaux, tout comme ceux de millions d’autres Québécois, auraient encore bien mieux servi le bien commun s’ils avaient pu être véhiculés sous leur vrai jour dans les grands médias aussi.

Peut-être serions-nous murs pour amorcer une petite révolution culturelle concernant les règles du jeu imposées par nos médias dans le débat des idées.

Denis Blondin, orphelin comme beaucoup d’autres.

A Propos de l'Auteur

Denis Blondin à publié 7 articles sur ce site.

Denis Blondin est anthropologue. Il a mené des recherches sur le racisme, sur les petites sociétés d'Amérique latine ou du Québec et sur la mondialisation. Il a notamment publié: La mort de l'argent. Essai d'anthropologie naïve (2003), Les deux espèces humaines. Autopsie du racisme ordinaire (1994), L'apprentissage du racisme dans les manuels scolaires (1990).



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Commentaires (6)

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  1. Sylvain Guillemette dit :

    Il n’y a que les colonisés et les serviteurs de la bourgeoisie, ces opportunistes, pour cracher à la gueule de Chartrand. Il y a, entre autre, Normand, qui l’accuse de faire dans le populisme, lui qui pourtant, a écrit un texte en appui à George Bush Jr sur sa guerre en Irak, qui rappelons-le, avait-il justifié par une élémentaire couche pleine de populisme raciste et de oui-dires sans preuve!

    Chartrand était un héros, pour les humains qui veulent vivre en communauté, en société!

    Repose en paix Michel Chartrand! Tu l’as mérité!

    • Normand dit :

      Sylvain, tu es un minable de la pire espèce pour faire de la politique sur le dos d’un mort. Mais dans le fond, tout est bon à prendre pour un fanatique. De plus qu’est-ce qui a de mal à être populiste? Je t’invite à aller voir la définition avant de dire un tissus de connerie. Mais ne t’en fait pas mon petit Béria, cela va te passer.

      • Sylvain Guillemette dit :

        Normand, vous êtes un minable encore pire que moi, d’avoir fait du populisme sur le dos de plus d’un million de morts irakiens! Votre morale à deux cents, gardez-la pour votre miroir.

        Ensuite, je respectais énormément Chartrand, pour son oeuvre contre vos amis les bourgeois.

        • Normand dit :

          non tu ne le respectais pas, parce qu’il a souhaité que son enterrement soit neutre et surtout que les gens ne fassent pas de discours et toi tu t’en sert pour nous dire toute sorte de conneries. Tu n’est même pas capable de respecter un mort et comme je disais, pour toi tout est bon à prendre pour défendre ta cause, même la mort de quelqu’un. Lâche pas mon petit Béria…

          • Eberhardt1972 dit :

            Pauvre Normand, grand défenseur des morts, tu ne comprendras définitivement jamais rien. Comme à l’habitude, tu mélange tout. Que Chartrand ait demandé des funérailles intimes est une chose, mais affirmer que c’est mal de parler de lui parce qu’il est mort est totalement ridicule. Chartrand voulait que d’autres comme lui continuent la lutte, et si son exemple peut permettre à la gauche de faire des gains, c’est tant mieux.

            Pour ce qui est de comparer Sylvain à Béria, c’est le comble de l’absurdité. Tu as pas mal plus de points en commun avec lui que Sylvain. Béria défendait le système qui lui avait permis de gravir les échelons, de prendre sa place: comme toi. Il était contre ceux qui contestaient le régime: comme toi. Il ne remettait pas en question les dogmes mis en place par le régime: comme toi. C’était un individu à l’esprit étroit: comme toi. Et pour terminer, c’était un individualiste qui travaillait d’abord pour ses intérêts: comme qui déjà? Toutefois, pour ce qui est de la cruauté, je ne crois pas que tu aies grand chose en commun avec lui. Je te vois plutôt comme un pauvre type convaincu de la légitimité du système qui lui a permis de tirer son épingle du jeu. Sylvain, de son côté, est tout le contraire de Béria. Il est désintéressé dans ce qu’il fait! C’est par altruisme qu’il milite, ce qui est pas mal plus noble que de le faire pour tes intérêts égoïstes, comme tu le fais (ce que tu as déjà dit sur ce blogue).

            Avant d’attaquer et d’insulter les autres, commence donce par te regarder: tu fais pitié.

  2. Sylvain Guillemette dit :

    Ce qui fait mal à Normand, c’est d’avoir sans cesse tort, lui qui croyait être omniscient, comme son ami Richard3!

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