Publié le 12 janvier, 2010 à 21:27 par Jimmy St-Gelais

Harper et son agenda

Par cette prorogation des activités de la Chambre des communes qui déplace les travaux parlementaires en mars prochain, le gouvernement Harper cherche évidemment à gagner du temps et à dicter une forme de « bâillon » aux partis d’opposition en ce début d’année afin d’imposer le tempo de sa future réforme de l’État.

Car la véritable raison de cette prorogation n’est pas l’affaire du transfert des détenus afghans ou la piètre image du Canada en matière de lutte au réchauffement climatique dont une majorité de canadiens hors-Québec ne semble pas réellement se soucier, mais bien la préparation de l’offensive du dégraissage de l’État si chère aux réformistes-conservateurs de monsieur Harper.

En effet, avec le début d’une nouvelle session parlementaire, le Parti Conservateur prendra le contrôle du Sénat avec ses récentes nominations partisanes et pourra alors compter sur un allié de plus dans le processus d’adoption de ses lois.

L’institution de la Chambre Haute est dépassée selon plusieurs, mais ce « power shift » en son sein peut faire la différence entre l’adoption, l’amendement ou le rejet d’un projet de loi controversé et contraire à l’intérêt public. On n’a pu le voir dans le passé : en 1990, le projet de loi C-43 initié par les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney visant à limiter l’avortement a été bloqué par les sénateurs.

Avec l’éclosion de la crise financière, l’administration conservatrice a dû à contrecœur suivre les politiques interventionnistes des autres nations industrialisées et investir à coup de milliards dans le soutien aux banques et à l’économie en général, même si cela allait en contradiction avec ses préceptes de désengagement de l’État et de laisser-faire économique.

Mais, en mars, avec la reprise éventuelle, tous les astres seront alignés pour procéder à l’assainissement des finances publiques sous prétexte que le plan de relance a été onéreux. C’est ce qu’annonçait, le 22 décembre 2009, le premier ministre conservateur lui-même au réseau CTV en confirmant que le gouvernement ira de l’avant avec la deuxième année de son plan de relance et qu’il réduira ses dépenses (ce qui est un peu paradoxal). « Les canadiens devront se serrer la ceinture pendant cinq années» a-t-il dit.

Ces dogmatiques de droite n’ont que peu de considération envers l’opinion des citoyens ou le simple gros bon sens qui dicte qu’il ne faut pas sabrer dans les divers pans de l’apport financier de l’État en économie en pleine période de reprise chancelante et incertaine.

Malgré les sondages qui démontrent la désapprobation de l’électorat envers cette suspension des travaux parlementaires, les nouveaux conservateurs vont irrémédiablement dans la direction de faire avancer leur agenda politique et économique soutenu par leurs amis du monde des affaires sans se soucier du préjudice que cela peut amener à leurs commettants.

À lire:

La “grande peur” des conservateurs

Le non-sens des coupures à Radio-Canada

Stephen Harper est-il schizophrène?

L’argent parle chez les conservateurs

Stephen Harper, le tout puissant

La droite conservatrice se dévoile au grand jour

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Jimmy St-Gelais est le rédacteur en chef de Politicoblogue.



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Commentaires (11)

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  1. Sylvain Guillemette dit :

    Et sur ce, la bêtise humaine ne sera pas à sous estimer.

  2. Normand dit :

    c’est vrai que la bêtise humaine se situe uniquement du côté de la droite.

  3. Vincent Blanchard dit :

    Ben, elle s’y manifeste avec une plus grande fréquence, c’est tout. C’est pour cette raison que nous pouvons avoir cette impression. Ce n’est pas de la faute des gens qui critique la droite si les conneries de la droite se répètent aussi souvent.

  4. Philippe Dujardin dit :

    C’est la droite qui fait évoluer le monde. Les gens ne comprennent que quand ils sont vraiment dans la merde, donc la droite c’est bien. Enfin je veux dire cette sorte de droite. En plus si on y ajoute le petit coté évangéliste taliban, ça va être que du bonheur ici au Quebec, des bonbons qu’on va se manger par dizaines nous les partisans de la politique négative, celle du pire, et qui va peut-être enfin réveiller ce petit peuple.

    Que les masques tombent, c’est parfait comme cela.

    **********

    La droite ce n’est pas forcement pire que la gauche, faut-il encore qu’elle ait un visage humain et à part la droite sociale-libérale, comme proposée dans le temps par Séguin en France, elle n’existe tout simplement pas. Ce ne sont en tout cas surement pas les tories, ni Ignatieff, ni Charest ce chantre pour ne pas dire chancre du thatcherisme et du reganisme qui va redonner les lettres de noblesses à la droite. Ça vous donne presque envie de voter à gauche tous ces cons.

    (En passant le correcteur d’orthographe automatique de mon navigateur me propose entre autre comme remplacement pour Ignatieff : Indignation, Résignation. Brillant comme logiciel)

  5. Richard3 dit :

    Bon, par où commencer?

    Le « power shift », au Sénat, ne sera qu’un simple retour de balancier; les libéraux ont fait de même avant les tories, et eux-mêmes encore, avant que Jean Chrétien prenne le pouvoir. Bref, cela veut dire que là-dessus, il n’y a pas de quoi téléphoner à sa mère. C’est « business as usual », à Ottawa.

    Ensuite, la fait que le Sénat soit conservateur ne fera que faire avancer des lois déjà adoptées par les députés, à la Chambre des Communes. En effet, comme il s’agit d’un gouvernement minoritaire, l’opposition, en cas de présentation de lois impopulaires, a tout à loisir de renverser le gouvernement, et de déclencher des élections générales, afin que le peuple s’exprime, et décide de qui il veut, pour gouverner. Mais le problème des partis d’opposition, c’est qu’ils préfèrent faire avancer leurs agendas respectifs que de faire avancer le pays. Ce qui veut dire que les probabilités font que nous n’irons malheureusement pas voter cette année. Mais rien n’est absolu, et on dit qu’en politique, six mois représentent une éternité. Alors imaginez-en douze!

    Quant à la façon de se sortir de la crise économique, il faudra voir si les chiffres vont donner raison à la bande à Harper, à savoir l’importance, entre autres, du niveau d’endettement provoqué par la crise, en %PIB, comparativement aux autres pays du G8. Le gros bon sens, en politique comme ailleurs, veut que l’on ne s’endette pas, ou à défaut, le moins possible, en période d’incertitude économique. Les ressources financières étant limitées, tout ce que les gouvernements prennent, pour soi-disant « sauver » quelques canards boiteux de la faillite, ne peut donc pas être utilisé par les entreprises en bonne santé dans le but d’investir, parce que désormais plus disponible. La « vraie » reprise doit donc attendre le retour en disponibilité de ces ressources, qui se fait forcément plus long, puisque lesdits canards boiteux – enfin ceux qui respecteront leurs engagements – prendront beaucoup de temps à rembourser les gouvernements. La reprise à laquelle on assiste est donc forcément plus fragile et incertaine.

    Quant à la prorogation de la session, en tant que telle, il n’y a pas là non plus de quoi téléphoner à sa mère. Prenons le Texas, par exemple; les texans ne considèrent pas leur état, qui présente plusieurs similitudes avec le Canada, comme étant anti-démocratique. Et pourtant, la session parlementaire de l’Assemblée législative du Texas se réunit pour une session d’environ quatre mois et demi… à tous les deux ans! Cela n’a pas empêché cet état de se sortir plutôt bien de la récession; le taux de chômage est de 2% plus bas que la moyenne des USA, le taux de saisie immobilière est parmi les plus bas de tout le pays, et le dynamisme économique du Texas fait rougir d’envie plusieurs autres états américains. Bref, la façon dont un état se sort d’une crise – et sa performance économique en général – n’est donc pas forcément proportionnelle au nombre de jours où les députés siègent.

    Tout cela pour dire que si l’on compare, agenda pour agenda, je crois que celui de Harper est pas mal le moins pire de tous, finalement.

  6. Darwin dit :

    @ Normand

    Comme je préfère éviter les textes-fleuve, je vais sélectionner qu’une seule des nombreuses affirmations gratuites de votre commentaire.

    «Le gros bon sens, en politique comme ailleurs, veut que l’on ne s’endette pas, ou à défaut, le moins possible, en période d’incertitude économique.»

    Premièrement, le GBS cela n’existe pas. Ce qui a du sens pour un n’en a pas pour l’autre. C’est la beauté de la diversité des opinions et des valeurs. Je ne sais pas ce que vous avez pensé de la révolution du bon sens de Mike Harris, mais moi, comme bien d’autres, trouvons qu’elle n’avait pas d’allure,

    Ensuite, s’il y a un moment où il faut éviter les déficits, c’est quand ça va bien. Et s’il y a un moment où il faut accepter de faire des déficits, c’est quand ça va mal. Économie 101.

  7. Sylvain Guillemette dit :

    @ Dujardin

    «C’est la droite qui fait évoluer le monde. Les gens ne comprennent que quand ils sont vraiment dans la merde, donc la droite c’est bien. Enfin je veux dire cette sorte de droite. En plus si on y ajoute le petit coté évangéliste taliban, ça va être que du bonheur ici au Quebec, des bonbons qu’on va se manger par dizaines nous les partisans de la politique négative, celle du pire, et qui va peut-être enfin réveiller ce petit peuple.»

    La droite ne fait pas évoluer le monde, tout au contraire. C’est le rempart contre ceux qui tentent de repousser les bornes de l’ignorance. La droite religieuse, la droite libérale, la droite extrémiste, bref, les droites de tout genre sont dans la même lignée, l’idéalisme, et ne se revendiquent d’aucun argument, qui puisse passer à travers les débats ici présents, ou ceux des autres pays, ou du passé.

    La droite, c’est la légitimité de l’exploitation, la liberté d’exploiter son prochain et de revendiquer des «divineries».

    Le génie humain n’est pas économique, et ne constitue donc pas une preuve de l’avancée lorsque nous sommes dans un État de droite. On ne peut pas s’accaparer les technologies inventées par des humains, seulement parce que le modèle économique, est en ce moment capitaliste. Par le passé, la roue fut inventée, et on ne parlait pas de capitalisme à ce moment précis. Etc..

    Quand ils sont dans la merde, endettés jusqu’au coup, les gens savent que c’est entre autre, grâce à la droite. La droite ne se soucie guère des différences qui existent dans leur modèle économique injuste. La droite ne se soucie guère des faits de toute façon. La droite, pour faire le tour du monde, a pris les armes, a utilisé la torture, les Coup d’État, les sanctions économiques, etc..

    @ Richard3
    «Quant à la façon de se sortir de la crise économique, il faudra voir si les chiffres vont donner raison à la bande à Harper, à savoir l’importance, entre autres, du niveau d’endettement provoqué par la crise, en %PIB, comparativement aux autres pays du G8.»

    Richard3, les chiffres sont déjà tout faux. On a imprimé des milliers de milliards pour que le système ne s’écroule pas. Il faudra un jour les repayer, ces milliers de milliards. Le système a flanché. Il n’y a que la tricherie pour s’en sortir, ou une alternative économique.

    «Le gros bon sens, en politique comme ailleurs, veut que l’on ne s’endette pas, ou à défaut, le moins possible, en période d’incertitude économique. Les ressources financières étant limitées, tout ce que les gouvernements prennent, pour soi-disant « sauver » quelques canards boiteux de la faillite, ne peut donc pas être utilisé par les entreprises en bonne santé dans le but d’investir, parce que désormais plus disponible.»

    On sait bien tous les deux que c’est de la bouillie pour chat tout ça, le Canada s’apprête à financer un organisme gouvernemental destiné à renverser les socialistes de l’Amérique latine, au coût de 70 millions de dollars canadiens par année. On sait aussi que le Canada, en même temps, a décidé de se priver d’impôts sur les sables bitumineux, pour faire plaisir à son lobby préféré.

    «Bref, la façon dont un état se sort d’une crise – et sa performance économique en général – n’est donc pas forcément proportionnelle au nombre de jours où les députés siègent.»

    Richard3, le Texas, allons…. L’industrie militaire tourne à plein régime… Blaguez-vous? La «façon» dont s’y prend un État pour s’en sortir est importante quant à moi.

    «Tout cela pour dire que si l’on compare, agenda pour agenda, je crois que celui de Harper est pas mal le moins pire de tous, finalement.»

    Moins pire, dans un contexte où le capitalisme est pour rester, et que l’on constate la tricherie de 2008 des capitalistes? Harper est ignoble, et mauvais comptable. 53 milliards de dette cette année? Et vous me dites qu’il sait compter? Tous savent que les baisses d’impôts aux pétrolières y sont pour quelque chose.

  8. Normand dit :

    sylvain, l’idéalisme, n’est pas l’apanage de la droite, il y a des idéalistes de tout les côtés du spectre politique.

  9. Normand dit :

    quant au 53 milliards de dette, tu sais très bien que ces concessions ont été faîtes uniquement pour rester au pouvoir. C’est mal connaître l’idéologie d’Harper que de penser que ce sont les déficits qu’il préfère, ce serait même le contraire. Tu peux être sûr que sous un gouvernement majoritaire conservateur, jamais il n’aurait mis autant d’argent dans un déficit qui risque de devenir structurel. Harper est dailleurs un fervent partisant de l’école autrichienne.

  10. Darwin dit :

    tu sais très bien que ces concessions ont été faîtes uniquement pour rester au pouvoir.

    Vrai ! Il a été forcé de présenter un plan de relance par l’opposition. Mais il s’en vante maintenant pour prouver à quel point il a été prévoyant et avisé !

    C’est mal connaître l’idéologie d’Harper que de penser que ce sont les déficits qu’il préfère, ce serait même le contraire

    Faux. Il mène le même type de politique que Bush : «starve the beast», soit affamons la bête, la bête étant le gouvernement. Il se réjouit du déficit, car cela lui donne le prétexte pour couper dans les services gouvernementaux.

    Harper est dailleurs un fervent partisan de l’école autrichienne.

    En effet, ce qui ajoute un élément de preuve à ce que j’ai écrit plus haut. S’il respectait le moindrement la démocratie, il défendrait honnêtement son libertarianisme lors des campagnes électorales…

  11. Sylvain Guillemette dit :

    @ Normand

    «sylvain, l’idéalisme, n’est pas l’apanage de la droite, il y a des idéalistes de tout les côtés du spectre politique. »

    Savez-vous ce que c’est que l’idéalisme mon cher analphabète? Je ne crois pas, puisqu’ici, le terme utilisé désigne les gens de votre espèce, qui n’ont ni argument, ni envie d’argumenter, pour défendre les idées préconçues qu’ils propagent. Comme exemple banal, l’idéaliste dira : «Dans la vie, il y a toujours eu des riches, et des pauvres.» Mais il n’en est rien, et le contraire est prouvable. Il y a de suites, aux processus, eux conditionnés par des facteurs X, Y, Z, etc.. Le riche ne tombe pas riche comme par hasard, ou par mérite, cela s’explique, tout aussi bien que la rondeur de la Terre s’explique, par des faits, observés, étudiés, etc..

    Le matérialiste s’en tient à la matière, aux faits, alors que l’idéaliste que vous êtes, est croyant, non pas observateur. Par exemple, le capitalisme ne tient pas compte des ratées qu’il propulse, et rien n’est fait pour combler les manques. Sauf en ce moment, des effets soupape, comme le système de santé quasi universel que nous avons.

    S’il y a des idéalistes chez les marxistes, ce sont des imposteurs.

    Allez lire Politzer…, c’est bon pour les analphabètes de ces sujets.

    «quant au 53 milliards de dette, tu sais très bien que ces concessions ont été faîtes uniquement pour rester au pouvoir. C’est mal connaître l’idéologie d’Harper que de penser que ce sont les déficits qu’il préfère, ce serait même le contraire.»

    Et alors? 53 milliards qui s’ajoutent quand même…, parce que des pétrolières paient moins d’impôt entre autre….

    Et comme le dit Darwin, Harper a tout calculé. Dans le rouge, populairement, un État doit couper dans ses services…, et nous paierons la note. Et cela, privatisé dans le futur, coûtera plus cher per capita que le réseau de services publics.

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