Publié le 23 avril, 2009 à 14:49 par Richard3

L’éradication de la pauvreté : Le sommet du millénaire de Montréal 2009

 

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Les 15 et 16 avril prochains, Montréal accueillera, pour la troisième fois, son très exclusif forum international de discussion des objectifs de développement du millénaire des Nations unies. Le Sommet du millénaire de Montréal 2009 présentera des allocutions de grands experts du développement économique, tels Val Kilmer, Mia Farrow, Patrick Huard, et Sara Ferguson. (Pour rendre justice au Sommet, il présentera également des conférenciers beaucoup plus crédibles, comme le docteur Jeffrey D. Sachs, auteur de « The End of Poverty » (La fin de la pauvreté).)

Les objectifs de développement du millénaire (ODM)

  1. Éradiquer la pauvreté et la faim
  2. Atteindre l’universalité de l’éducation primaire
  3. Promouvoir l’égalité des sexes, et renforcer le pouvoir des femmes
  4. Réduire la mortalité infantile
  5. Améliorer la santé des mères
  6. Combattre le VIH/SIDA, la malaria et d’autres maladies
  7. Assurer le soutien à l’environnement
  8. Développer un partenariat global pour le développement

Il est difficile de contester les huit objectifs de développement du millénaire de l’ONU, ci-haut listés. Mettre fin à la pauvreté globale, ainsi qu’à toutes les déficiences qui y sont reliées, est évidemment un objectif très noble. Malgré que je ne crois pas que quiconque ait le devoir d’aider son prochain, je crois que la plupart d’entre-nous veulent aider les autres, et que l’on en retire un certain bonheur. Je crois également que le fait de sortir les indigents hors de la pauvreté pourrait apporter de grands bénéfices dont nous tirerions tous profit. Ainsi, je ne peux qu’endosser les ODM. Ce que je remets en cause, toutefois, ce sont les stratégies qu’entend utiliser l’ONU pour atteindre ses louables objectifs.

Où en sommes-nous, pour l’instant?

En mettant de l’avant ses ODM, en l’an 2000, l’ONU se donnait des objectifs spécifiques, devant être atteints d’ici 2015. L’an dernier, elle a publié le Millenium Development Goals Report 2008 (Rapport sur les objectifs de développement du millénaire 2008), afin d’évaluer les progrès réalisés jusqu’à maintenant. Comment les choses se portent-elles après huit ans, soit plus ou moins à mi-chemin du processus? Sha Zukang, sous-secrétaire général aux affaires économiques et sociales, déclare, dans le résumé du rapport, que « Le plus grand succès réalisé, jusqu’à maintenant, se mesure à l’ampleur, et la profondeur, de l’engagement envers les ODM. » Il est clair que les plus pauvres de ce monde sont encore dans une situation désespérée si le plus grand succès de l’ONU se résume à ses engagements à réussir.

Mais il y a aussi quelques succès plus substantiels. L’objectif spécifique de couper la pauvreté extrême de moitié est apparemment « atteignable ». Plus d’un milliard et demi de personnes ont acquis l’accès à de l’eau potable depuis 1990. Peut-être plus frappant encore, moins de 250,000 personnes sont décédées des suites de la rougeole, en 2006, comparativement à plus de 750,000, tout juste six ans auparavant, grâce à une incroyable augmentation dans l’administration de vaccins économiques contre la rougeole, dans les pays en développement.

Il y a, tout de même, de nombreuses mauvaises nouvelles. En Afrique sub-saharienne, la pauvreté extrême ne sera « probablement pas » réduite de moitié. Chaque année, plus d’un demi-million de femmes, dans les pays en développement, meurent suite à des complications pendant la grossesse, ou à la naissance de leur enfant. Des négociations de commerce international ont achoppé, coupant ainsi l’une des importantes avenues qui auraient permis aux pauvres du monde de s’enrichir par eux-mêmes. Comme l’indiquait le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, dans le préambule du rapport, « La menace imminente d’augmentation de la faim [due à l’augmentation des prix des aliments] aurait été amoindrie si les récentes décennies n’avaient pas été marquées par un manque d’investissements dans l’agriculture, et le développement rural, dans les pays en développement. » Il faut spécifier que ce manque d’investissements fut lui-même créé, ou à tout le moins grandement exacerbé, par l’absence d’un traité global de libre-échange en agriculture.

Certains des points qui vont aider dans la lutte à l’éradication de la pauvreté extrême, selon ce qu’en croit l’ONU, sont effectivement importants. Ils comprennent l’expansion de traités de libre-échange, l’augmentation du pouvoir des femmes dans les pays en développement, et la lutte aux maladies. Mais parallèlement au problème du libre-échange, l’ONU pense que ce qu’il faut, pour atteindre cet objectif, est une augmentation de l’aide, des riches pays occidentaux aux plus pauvres, comme ceux de l’Afrique sub-saharienne. « Procurer toute l’assistance qui sera requise nécessitera l’envoi de toute l’assistance officielle au développement (AOD) additionnelle qui fut promise », écrivait Sha Zukang. Mais cette aide, de gouvernement à gouvernement, est-elle toujours une part de la solution, à la pauvreté globale?

Une voix dissidente

Dambisa Moyo est née en Zambie. Elle a acquis une maîtrise à Harvard, ainsi qu’un doctorat en économie, à Oxford. Elle ne prendra pas la parole, lors du Sommet du millénaire de Montréal. Pour une raison évidente; elle a dédain des célébrités activistes qui ne comprennent manifestement rien à l’économie. Mais, plus important encore, dans le livre qu’elle vient tout juste de publier, Dead Aid : Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa (L’aide morte : Pourquoi l’aide ne fonctionne pas, et comment faire mieux pour l’Afrique), sa prescription est claire; couper toute l’aide de gouvernement à gouvernement à l’Afrique d’ici cinq ans.

L’une des raisons pour laquelle madame Moyo en a définitivement contre l’aide gouvernementale est que celle-ci permet l’instauration de tyrans, comme Robert Mugabe, au Zimbabwe. Ce pays a reçu 300 millions$ en aide étrangère, en 2006 seulement. Dans une entrevue accordée au magazine en ligne Guernica, madame Moyo déclare « Plusieurs millions d’Africains vivent présentenant sous une violente répression, et ont vécu ainsi depuis les soixante dernières années marquées par le modèle actuel d’aide internationale. Il y aurait beaucoup moins de possibilités, pour ces gouvernements, de maltraiter la population à travers le continent s’ils n’avaient pas accès à cette aide. » Paradoxalement, les mots « corrompre », et « corruption », ne figurent à aucun endroit, parmi les 56 pages du Millenium Development Goals Report 2008.

L’aide financière peut également interférer avec l’entreprise locale, dit aussi madame Moyo. Par exemple, l’envoi de 100,000 filets à moustiques, pour vaincre la malaria, eut comme conséquence inattendue de conduire un fabricant local de filets à moustiques à la faillite, ce qui eut pour effet d’appauvrir 160 personnes (les employés et leurs personnes à charge). Globalement, madame Moyo trouve « pour le moins inquiétant que l’on puisse encore recourir à l’aide – après soixante ans, et 1000 milliards$ qui n’ont pas fonctionné en Afrique – et ce sans jamais remettre en question ce système. Il semble que la première chose à faire, quand quelque chose donne des rendements aussi mauvais que ceux que cette aide apporte, qu’il faille le remettre en question, et que l’on doive repenser le système. »

En réponse à une question, à savoir si le fait de couper l’aide gouvernementale n’allait pas plutôt empirer les choses, madame Moyo a répondu que l’absence de cette aide « n’avait pas empiré les choses en Afrique du Sud, et au Botswana, qu’elle n’avait pas empiré les choses en Chine, en Inde, en Corée du Sud, en Thaïlande, et la liste des pays pourrait s’allonger. Cela n’empirera pas les choses non plus en Afrique. » En effet, tout autour de la planète, les pays pauvres qui ont le plus progressé, ces dernières décennies – contribuant grandement à l’atteinte de l’objectif de couper de moitié la pauvreté extrême – sont précisément ceux qui n’ont pas reçu d’assistance officielle au développement.

Au lieu de persister dans une voie qui a définitivement prouvé son inefficacité, madame Moyo appuie quelques stratégies de microfinance, et les Investissements Étrangers Directs (IÉD). Elle défend également le rôle de la Chine, qui a investi dans ce continent. « La Chine a créé des emplois, elle a construit des routes. L’Occident n’a pas réussi à en faire autant pendant leurs soixante ans en Afrique. » Bien sûr, les chinois peuvent aussi être accusés d’appuyer le régime despotique du Soudan, mais l’Occident a appuyé beaucoup plus de despotes sur le continent, au fil des ans. Madame Moyo est la première à admettre que la Chine n’est pas parfaite. « Mais est-ce que les Africains obtiennent des emplois et améliorent leur niveau de vie, en raison de la présence des Chinois? Globalement, la réponse est oui. »

Le droit d’un homme est le devoir d’un autre

Pourquoi l’aide gouvernementale se poursuit-elle, malgré des résultats aussi médiocres? Madame Moyo voit, à titre de coupable, l’intérêt personnel; celui de corrompre des régimes dictatoriaux, bien sûr, mais également celui même des organisations d’aide, qui emploient environ un demi-million de travailleurs, pour la plupart des occidentaux. Elle dit qu’il « ne serait pas dans l’intérêt des gens de l’industrie de l’aide [au développement de l’Afrique] tout simplement parce qu’il n’y aurait plus d’industrie de l’aide, et que cinq cent mille personnes pourraient perdre leur emploi. »

Personnellement, cet argument ne me convainc pas. Je crois plutôt que les personnes impliquées dans l’industrie de l’aide croient honnêtement que cette aide pourrait fonctionner si seulement les pays riches pouvaient fournir davantage d’argent. Ces personnes sont bien intentionnées, mais mal informées, et elles ne comprennent pas les rouages de l’économie.

Mais il y a encore un autre facteur, qui empêche l’industrie de l’aide internationale de s’écrouler, sous le poids de ses échecs. Le rapport de l’ONU mentionne que les ODM « ne sont pas que des objectifs de développement; ils comprennent les valeurs et les droits humains universellement reconnus, tels la liberté de s’alimenter, le droit à l’éducation primaire, le droit à la santé, et une responsabilisation des générations futures. » Maintenant, certains ne seront pas d’accord avec la notion de considérer la santé, l’éducation primaire, et la liberté de s’alimenter, comme étant des valeurs; mais c’est toute autre chose que de les qualifier de droits.

Les droits humains traditionnels sont négatifs, en nature. Ils empêchent simplement les gens de s’ingérer dans la liberté de parole des autres, dans leur liberté de réunion, leur liberté de mouvement, et ainsi de suite. Ces droits continuent d’exister, même s’ils sont bafoués. Ils n’enlèvent rien à ceux qui les respectent. Paradoxalement, la santé, l’éducation primaire, et la liberté de s’alimenter sont des biens positifs, qui doivent être produits par quelqu’un. Ils n’existent pas tant et aussi longtemps qu’on ne les a pas produits. Si l’on dit que ceux qui ne peuvent se permettre ces valeurs pour eux-mêmes ont néanmoins le droit de les obtenir, c’est donc dire que quelqu’un d’autre a le devoir de le leur fournir. Cette notion d’obligation non-choisie est à l’antithèse de la véritable liberté, est une perversion de l’idéal de la liberté.

Le fait que la confiscation de la richesse des uns pour la remettre aux autres ne soit pas seulement mauvaise, mais également inefficace, n’a rien de surprenant. Même armés des meilleures intentions, politiciens et bureaucrates n’ont pas les incitatifs et les informations privilégiées nécessaires pour régler les problèmes, et dépensent ainsi l’argent des contribuables, sans trop savoir ce qu’ils font. Les investisseurs privés, pour leur part, ont généralement les incitatifs, et les informations privilégiées qui leurs permettent de prospérer. Quand vient le temps de récolter les résultats de leurs propres efforts, ils sont les mieux placés pour résoudre leurs propres problèmes. Ce qu’ils veulent le plus est la liberté de le faire. Le moins que l’on puisse faire, nous qui sommes dans les pays développés, est de cesser de leur mettre des bâtons dans les roues, en soutenant leurs oppresseurs, et en conduisant leurs entreprises à la faillite.

 

L’auteur original du texte,  Bradley Doucet est un écrivain, et vit à Montréal. Il a étudié la philosophie et l’économie, et complète présentement une nouvelle, sur la poursuite du bonheur. Il est également l’éditeur anglophone du Québécois Libre.

Ce texte fut publié en anglais dans l’édition 266 du magasine web « Le Québécois Libre », du 15 avril 2009. Il a été traduit par Richard3. Suivre ce lien pour voir l’article original.

 Le texte a été écrit avant le début du Sommet du millénaire de Montréal 2009.

 

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Commentaires (3)

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  1. Très beau travail de traduction… Bravo!

  2. Richard3 dit :

    Merci beaucoup, monsieur Bolduc.

    Maintenant qu’il est publié, le perfectionniste maladif que je suis trouve des défauts partout, mais bon. C’est un premier jet, question de faire une entrée sur le blogue. J’espère éventuellement publier mes propres opinions ici. Un jour.

  3. Si vous désirez apporter quelques corrections, cela est encore possible.

    Vous publié déjà largement vos opinion sur le site, via les commentaires.

    J’ai déjà hâte d’avoir le plaisir de lire vos textes.

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Richard3
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Livreur de produits alimentaires, pour une entreprise de la couronne nord de Montréal, Richard3 aime bien descendre de son camion pour prendre quelques photos, mais surtout pour jeter un oeil à la politique en général, provinciale en particulier, et mettre son commentaire. Membre d'aucun parti, il recherche constamment l'honnêteté, autant en politique que sur d'autres sujets. Il écrit Le blogue de Richard3.