Publié le 14 décembre, 2009 à 08:10 par Louis Préfontaine
La Journée nationale de l’homme dépassé
Vous ne le saviez peut-être pas, mais aujourd’hui, c’est la Journée internationale des droits de la personne. Oui, oui. En cette mémorable journée, on nous rappelle que « tout être humain possède des droits et libertés destinés à assurer sa protection et son épanouissement et que tous sont égaux en valeur et en dignité ». Ce que ça va changer, concrètement? Rien. Une autre journée, une autre cause parmi des milliers de causes qu’on a déconnectées les unes des autres.
Combien de telles journées dans une année? Des dizaines et des dizaines. Simplement pour décembre:
- 1er décembre: Journée mondiale de lutte contre le SIDA;
- 2 décembre: Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage;
- 3 décembre: Journée internationale des personnes handicapées;
- 5 décembre: Journée internationale des volontaires pour le développement économique et social;
- 7 décembre: Journée de l’aviation civile internationale;
- 8 décembre: Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants;
- 9 décembre: Journée internationale contre la corruption;
- 10 décembre: Journée des droits de l’homme;
- 10 décembre: Journée internationale pour les droits des animaux;
- 11 décembre: Journée internationale de la montagne;
- 18 décembre: Journée internationale des migrants;
- 19 décembre: Journée des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud;
- 20 décembre: Journée internationale de la solidarité humaine.
Je suis peut-être un homme dépassé, mais il me semble qu’à une certaine époque, on pensait globalement. En un temps particulier, on avait compris qu’on pouvait instaurer des changements sociaux touchant à la fois les malades du SIDA, les handicapés, les droits de l’homme, les migrants, la montagne, la solidarité, alouette. Qu’on appelle cela socialisme ou social-démocratie importe peu: on avait la juste clairvoyance de considérer la société comme un tout où chaque individu, uni avec son prochain, finissait par voir ses propres intérêts particuliers pris en charge par une façon de gérer l’État permettant à chacun d’y prendre son compte.
Ainsi, personne n’aurait eu l’idée de s’isoler dans son petit combat sectaire sans réaliser que ce combat rejoint celui de tous les autres. Les militants gays marchaient également pour l’indépendance ou McGill français. Les écologistes prônaient la libération des femmes. Les naturalistes appuyaient également la solidarité humaine. Tous semblaient trouver leur compte dans l’union de toutes les causes en une seule et même action commune, soit la réalisation d’une société meilleure, plus juste, plus respectueuse de tous ses individus.
Aujourd’hui, à chaque cause isolée correspond sa petite journée solitaire. On tire la couverte chacun de son côté et on se croise les doigts en espérant faire assez de vagues, être assez visible ou intéressant pour que les seigneurs médiatiques relaient le message. On s’enferme dans ses idées préconçues, on se referme sur soi avec d’autres individus ne considérant leur combat que sous l’angle d’objectifs bien précis (la protection de telle rivière, de tel réfugié, la lutte contre telle maladie) et on oublie que de la multiplication de causes isolées ne peut résulter qu’une cacophonie de résultats disjoints et souvent contradictoires. On participe à une « journée internationale » de ceci ou cela, ou à une « Grande guignolée des médias » remplaçant la nécessaire redistribution de la richesse opérée par l’impôt par une inégale charité, et le soir on se repose tranquillement chez soi, on réclame des baisses d’impôts pour sa famille et des hausses de tarifs et des coupures de service pour les plus démunis.
Paradoxalement, les promoteurs et les participants à chaque journée « internationale » se croient ouverts sur le monde, en communion avec autrui, se pensent reliés à l’ensemble de l’humanité parce qu’un lipdub sur l’eau a été vu de Buenos Aires à Paris, que des dizaines d’hommes et de femmes se sont mis à poil pour la cause de la sauvegarde du phoque canadien ou qu’une bannière a été apposée sur le parlement canadien. Ils croient réellement faire bouger les choses en « sensibilisant » la population à tel ou tel enjeu.
Or, s’ils sont eux-mêmes désensibilisés face aux enjeux globaux, s’ils se contentent de militer pour des projets très limités dans leur portée, comment peuvent-ils espérer que le citoyen lambda se sente interpelé par leurs actions? Autrement dit, comment ne pas en arriver à un dialogue de sourd entre d’un côté des militants pour une cause « x », un citoyen qui appuie la cause « y » et un autre la cause « z »? Chacun pour soi, chacun essayant d’attirer l’attention des médias et des politiciens pour des gains très limités pour un enjeu très cantonné, et tant pis si ces gains se font au détriment d’autres groupes isolés! Chacun pour soi. L’union? Connais pas! De quelle union peut-on parler quand on vit avec une webcam dans le nombril?
Et si on osait penser différemment? Si on voyait que dans la solidarité permettant de protéger le français poussent les germes de camaraderie permettant d’intégrer les migrants à notre culture? Si on constatait que dans la fraternité de la défense des plus démunis réside aussi le trésor de la cohésion sociale et de la sécurité? Si on comprenait que la défense de la montagne peut impliquer la défense des animaux? Et si on réalisait finalement que de notre union et de notre intérêt à la chose politique ne peut survivre la corruption?
Je suis possiblement un homme dépassé, mais je crois qu’il y a des causes qui dépassent nos petits individualismes. Des solidarités qui, même si elles n’offrent pas de solutions immédiates à chaque problème particulier, permettent d’envisager des solutions globales à long terme. Des façons de concevoir la politique et le monde qui nous permettent, Québécois, de nous organiser politiquement et de viser l’union des particularismes derrière le bouclier de la défense de nos intérêts nationaux, ce qui, par extrapolation, ouvre la porte à la défense des intérêts des valeurs communes de tous les peuples minoritaires de la Terre, chacun sur leurs territoires et dans leurs parlements respectifs.
Je suis sûrement un homme dépassé, mais j’aime croire en quelque chose qui s’appelle la solidarité humaine, et pas seulement le 20 décembre. Je désire penser que ceux qui me doublent et me traitent de retardataire parce que je préfère prendre le temps d’apprivoiser le chemin menant au mur ont, eux aussi, beaucoup à apprendre.
Et si on osait, nous aussi, aller au-delà de nos idiosyncrasies et réclamer une réelle solidarité au-dessus de tous les intérêts privés?
http://louisprefontaine.com/2009/12/10/journee-nationale-homme-depasse
Mots clés: enjeux sociaux • journée internationale • militant • solidarité • union
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Je prendrais quelque instant pour te dire à quel point tu es indispensable pour notre société et te remercie Euhh remercie DIEU de t’avoir donné cette intelligence si peu commune de nos jours.
À chaque matin lorsque je pars la cafetière et l’ordi presque en même temps, j’assiste au bal de la vérité et je m’inspire jour après jour de cette même vérité dans tes paroles qui coule comme un ruisseau pur et clair.
Je tien aussi à te félicité pour ton poste à la SSJB ton naturel te récompense.
Quand tu dis, « Je suis possiblement un homme dépassé, mais je crois qu’il y a des causes qui dépassent nos petits individualismes. Des solidarités qui, même si elles n’offrent pas de solutions immédiates à chaque problème particulier, permettent d’envisager des solutions globales à long terme. Des façons de concevoir la politique et le monde qui nous permettent, Québécois, de nous organiser politiquement et de viser l’union des particularismes derrière le bouclier de la défense de nos intérêts nationaux, ce qui, par extrapolation, ouvre la porte à la défense des intérêts des valeurs communes de tous les peuples minoritaires de la Terre, chacun sur leurs territoires et dans leurs parlements respectifs. »
Quoi dire de plus! Que tu n’es sûrement pas dépassé!
Je suis partant pour voir le jour où, nous aurons cette flamme qui brûle en nous afin de protéger l’avenir de nos enfants.
Nous devons agir comme l’arpenteur et mettre des piquets pour délimiter nos valeurs!
Nous ne devons laisser à personne le droit de choisir ce que nous voulons êtres ici au Québec sur notre terre point final.
Merci et bonne route.
André Taillon
En fait Louis, le socialisme englobe tous ces objectifs. Mais n’en demandez pas tant à ces capitalistes.
Vous aviez, ici même, sur ce blogue, un type qui faisait l’apologie d,une guerre illégale, ayant fait plus d’un million de morts, et qui continue à faire des dizaines et dizaines de morts par mois.
Vous avez les conservateurs, et notre société d’État Radio-Canada, qui font la propagande nécessaire à la survie d’un maigre soutien des forces canadiennes qui, eux aussi, participent à une guerre illégale, déclenchée rappelons-le, sur un argumentaire mensonger, et bien avant le 11 septembre 2001.
Vous avez Harper qui veut créer une agence gouvernementale pour soutenir les coups d’État en Amérique latine et en Afrique, et qui veut que je me sers la ceinture pour la cause, tout en signant des contrats juteux avec un tueur de masse, Alvaro Uribe.
Vous avez ce même Harper qui défends les intérêts des pétrolières, et des minières canadiennes à l’étranger…., saviez-vous que nous sommes en partie, sinon principalement les auteurs et complices de ce qui se passe en soit disant République démocratique Congo? Y compris pour les milices enrôlant des enfants-soldats?
Au Ghana, nous sommes un peu pas mal responsable du paradis fiscal qui s’en est sortie de cette ancienne colonie anglaise.
Et ailleurs, ne soutient-on pas les efforts de guerre? La Yougoslavie par exemple, le Canada a bombardé des écoles, hôpitaux, et des maisons, tué donc, des civils, et y a t-il eu sanctions internationales contre nous?
Comment souligner ces journées si bénignes dans les fait que nous observons, si nos propres gouvernements exécutent tout le contraire en actions?
Il y a un système post-capitaliste, qui offre cette vision des choses…, et c’est le socialisme. Tant qu’il y aura des injustices économiques, il y aura des injustices sociales, ça va de soi. Et tant que ces injustices sociales existeront, il y a aura des violences, et tant qu’il y aura des violences, ces journées spéciales passeront outre les intérêts de partis comme celui des conservateurs, qui rappelons-le, entretiennent cette haine, ces violences, etc., ainsi que ces bornes de l’ignorance -comme l’évangélisme par exemple…, comme le «complot socialiste» en environnement, -.
Il y a une solution, et elle se nomme, révolution.
Ils nous font des journées de solidarité, et veulent en même temps; hausser nos tarifs électriques, couper dans nos services publics plutôt que de faire respecter l’impôt à ceux qui s’en sauvent, se foutre de notre gueule au plan environnemental, privatiser notre eau, et bref, faire avancer la cause libérale, et privatiser à tout vent nos services.
En bout de ligne, plus d’inégalités économiques, donc sociales, plus de crimes, plus de haine, et voilà pour les journées spéciales de solidarité!