Publié le 11 février, 2010 à 13:30 par Jean-Luc Autret
Le décrochage scolaire, d’actualité depuis trop longtemps
Samedi dernier, Denise Bombardier a publié un papier très intéressant dans le journal Le Devoir concernant la présence ou plutôt l’absence de francophones québécois à l’Université.
Elle nous informe que selon l’Institut de la statistique du Québec l’écart actuel entre les francophones et les anglophones qui obtiennent un diplôme universitaire est presque le même qu’il y a quarante ans.
Avant d’extrapoler sur les explications de cet échec, on doit rappeler que le Québec a les pleins pouvoirs quant à sa gestion du monde de l’éducation et que ce ministère représente des déboursés de 14 milliards de dollars annuellement.
Le point de madame Bombardier est intéressant, mais il y a bien pire.
À Montréal, les taux de décrochage des deux commissions scolaires sont très loin d’être semblables. J’ai écrit un billet sur ce sujet en mai dernier suite à une série d’articles sur le sujet dans la Presse.
Le taux de décrochage à la CSDM (francophone) est de 57,5 % et à la CSEM (anglophone) il est seulement de 28,6 %.
Mon analyse : C’est tout simplement scandaleux que l’on ne soit pas en mesure d’avoir des taux de réussites semblables. Si j’étais au gouvernement ou si j’avais assez d’influence sur un centre de recherche (genre CIRANO ou IEDM), ce serait un sujet à fouiller en profondeur.
C’est tout un aveu d’échec pour le parti québécois, qui a gouverné la province durant 18 ans et pour le parti libéral qui a tenu la barre pendant 22 ans. Mais aussi pour la CSDM qui a pour slogan « Ils iront loin ». C’est franchement ironique, quand plus de la moitié de tes élèves ne finissent pas leur formation.
Mots clés: anglophone • CIRANO • CSDM • CSEM • décrochage scolaire • Denise Bombardier • éducation • francophone • iedm • Institut de la statistique • Médias • montréal • PLQ • politique • PQ • université
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Une lettre publiée ce matin dans le Devoir montre quelques-unes des lacunes de cette étude. Voir :
http://www.ledevoir.com/societe/education/282821/diplomation-universitaire-pourquoi-un-bonnet-d-ane-aux-francophones
D’une part ce sont des données pour des écoles précises (École Louis-Joseph-Papineau et École John F. Kennedy) et non pour les Commissions scolaires
D’autre part, ce ne sont pas vraiment des taux de décrochage, car dès qu’on perd de vue ces élèves, on les considèrent «décrocheurs». On ne tient pas compte non plus des jeunes qui retourenent aux études.
Le taux global d’obtention d’un diplôme du secondaire est accessible à la page 2 de http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/indicateurs/pdf/IndicEdu2009_F5_02.pdf.
En 2007-2008, il était de 87,3 %, dont 72,2 % avant 20 ans, à des poussières de don sommet historique.
Je ne dis pas que le problème du décrochage n’est pas important, car il l’est. Sauf que, avant de proposer des solutions, il faut bien comprendre la situation et l’évaluer correctement.
Faut pas trop en demander. Déjà qu’il ne comprend même pas les machinations partiales de l’IEDM…
La CSDM a pour slogan « Ils iront loin« , vous dites? Pas tant que ça, quand même; la plupart vont en banlieue!
Trêve de plaisanteries, la comparaison des taux de décrochage demeure intéressante, même s’il s’agit d’écoles précises, et non pas des commissions scolaires en entier. Il s’agit de savoir si la gestion des écoles se fait de façon identique, dans les deux écoles, et par extension, dans les deux commissions scolaires. À la mesure des différences, on pourra tirer des conclusions sur le décrochage, à savoir si la gestion, entre autres, peut y être pour beaucoup.
Mais allez savoir pourquoi, à travers le temps, les statistiques montrent que sans nécessairement afficher un différentiel aussi grand que deux pour un, le taux de décrochage demeure quand même plus élevé chez les francophones; une simple recherche de statistiques vous le démontrera. De quoi cela peut-il dépendre? À quel moment l’étudiant-type francophone se démotive-t-il, au point de tout lâcher? Si la minorité anglophone était mal traitée, ce serait ses étudiants à elle, qui décrocheraient, non? Alors où est le problème, chez les francophones? Est-ce à croire que 35 ans de loi 101 n’auront pas suffi à insuffler la fierté de bien connaître la langue française?
Bref, il y aurait là, effectivement, de quoi faire plusieurs études.