Publié le 15 avril, 2009 à 05:41 par Casimir

Le rapatriement des plaines d’Abraham

 

Combat des plaines d'Abraham © Québec Métro

Combat des plaines d'Abraham © Québec Métro

La polémique entourant la commémoration de la bataille des plaines d’Abraham a démontré clairement que deux nations s’affrontent au sein du Canada. Certes, le gouvernement canadien et la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) étaient dans leur droit. Le parc des Champs-de-Bataille est une propriété fédérale et le Québec est toujours une province canadienne. En contrepartie, il était pleinement légitime que le peuple québécois, les souverainistes en tête, dénonce cette commémoration entrant en conflit avec leur vision nationale. Maintenant, n’en déplaise à ceux qui entretiennent encore la vision d’un pays basé sur un pacte entre deux peuples, nous connaissons la position officielle d’Ottawa :

En 2008, Stephen Harper prétendait sur toutes les tribunes que le Canada avait été fondé par Champlain en 1608 et qu’il fallait s’en réjouir. L’année est à peine terminée qu’il faudrait célébrer avec la même ferveur la conquête de ce même Canada par une puissance coloniale ! N’importe quel pays normal reconstituerait plutôt la victoire des Patriotes à Saint-Denis ou l’insurrection dirigée par Mackenzie à Toronto en 1837. Tout le malentendu canadien est là. Si le Canada préfère commémorer une conquête coloniale, c’est qu’il se perçoit toujours comme l’héritier de cet empire disparu plutôt que de ceux qui l’ont combattu. Comment s’étonner que tout cela dégage une affreuse odeur de poudre ?(1)

L’annulation du projet de commémoration par la CCBN ne constitue qu’une courte victoire, l’événement ne représente qu’une facette d’une stratégie mise en œuvre afin d’augmenter la visibilité du gouvernement fédéral et de promouvoir une vision canadienne de l’histoire et de l’avenir politique du Québec. Elle ne doit pas nous écarter du vrai problème: la présence écrasante du gouvernement canadien au cœur de la ville de Québec, en particulier du Vieux-Québec. En plus du Parc des Champs-de-Bataille, nous comptons le Lieu historique national du Canada des Fortifications-de-Québec et le Centre de découverte de Parcs Canada, situé au bassin Louise. Ce dernier est un legs du fédéral pour célébrer le 400e anniversaire de la ville. La vieille ville est ainsi assiégée physiquement mais aussi symboliquement, car ces institutions œuvrent au niveau du discours. L’offensive fédérale dans le quartier historique n’est pas anodine. La ville de Québec est un lieu de fondation, donc de légitimité politique, et une fenêtre sur le monde en raison de l’affluence de touristes. L’étranger en visite le sentira clairement, la ville de Québec fait partie du Canada ! La tournure prise par les célébrations du 400e de la ville est l’exemple parfait de cet accaparement de l’histoire québécoise.

Les dirigeants de la CCBN, loin d’avoir obtenu le résultat escompté, doivent regretter amèrement cette initiative, car l’impulsion donnée au mouvement indépendantiste par cette controverse a été réorientée vers le rapatriement des plaines d’Abraham appuyé notamment par le Bloc Québécois et Québec Solidaire. Une pétition en ligne, initiative de Luc Archambault, Paul Racine et Michel Lessard, est également disponible.

 

Ce texte à été préalablement publié sur le site http://reflexionsquebecois.blogspot.com

A Propos de l'Auteur

Casimir à publié 6 articles sur ce site.

L’auteur est passionné d’actualité, d’histoire et de politique. Il est fermement convaincu que la participation citoyenne est essentielle au bon fonctionnement de nos institutions démocratiques. Il rêve d’un Québec indépendant.



Notes relatives au texte

  1. Christian Rioux, Le Devoir, 23 janvier 2009 []
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Commentaires (11)

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  1. tigarsdelabeauce dit :

    @ Casimir – Le texte est bon. `Bravo! J’ai bien hâte de te lire davantage ici.

    Il est important, je pense, de ne pas oublier que le projet de commémoration des plaines n’est pas humiliant pour les souverainistes seulement, mais pour tous les québécois.

    J’ai un ami qui est fédéraliste, anti-souverainiste, et qui était choqué par ce projet.

    Je pense que la mise en scène obsène, ce théâtre historique des plus excécrable n’aurais fait que mettre le feu au poudre.

  2. Casimir dit :

    Merci beaucoup Tigarsdelabeauce pour tes bons mots sur mon texte. Je suis entièrement d’accord avec toi. L’ensemble des Québécois avaient des raisons de s’offusquer de cette farce. Je crois que cette controverse se doit d’être plus qu’un feu de paille. J’invite tous les lecteurs de Politicoblogue à signer la pétition pour le rapatriement des Plaines à l’adresse suivante: http://www.jesignequebec.com/detail-petition.php?id=2.

    Une grande marche se prépare aussi pour le 23 ou le 24 juin. Nous verrons bien l’ampleur de la mobilisation !

  3. Richard3 dit :

    Casimir, tu dis « L’étranger en visite le sentira clairement, la ville de Québec fait partie du Canada ! »

    Ben quoi, ce n’est pas le cas?

    Je veux bien croire que le fait de tenir une reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham ait pu choquer des gens, mais de là à croire que tous les québécois furent insultés, pas sûr. Je ne l’ai pas été; serait-ce que je ne suis pas québécois?

    De toute façon, Casimir, tu le dis toi-même, en introduction; « (…) et le Québec est toujours une province canadienne. » Je crois que ce n’est pas sur le plan de l’affrontement constant avec le fédéral que le Québec gagnera sa souveraineté, mais plutôt par le développement d’une économie très forte, de façon à être indépendant, d’abord et avant tout, de la péréquation.

    Une fois cela accompli, un référendum ne sera même pas nécessaire; la moindre erreur de conduite du fédéral, envers le Québec, et ce sera « Bye Bye Boss! » Parce qu’un Québec vraiment riche – dans le sens économique du terme – saura très bien tirer son épingle du jeu, sur le plan international, et n’aura besoin de personne pour parler en son nom. Et ça, c’est meilleur que toutes les marches que l’on pourra organiser, aussi utiles puissent-elles être.

  4. @Richard3 – Je ne suis pas d’accord qu’il n’y avait pas matière à être en colère.

    Il est évident que c’est une question personnelle, que chaque personne peut se sentir concerné ou non…

    Mais il s’agit de notre identité et d’un affront à notre intégrité en tant que québécois et non pas souverainiste.

  5. Serge Gagnon dit :

    @Richard3 Simple question : Le Québec a-t-il une bonne chance de devenir riche au point de dire bye-bye-Canada dans le contexte actuelle et par rapport à sa place dans la fédération canadienne ?

  6. Casimir dit :

    Richard3,

    Désolé si mon texte laisse croire que l’ensemble des Québécois étaient contre la reconstitution. Les sondages montrent que la majorité des Québécois étaient contre. Voir cet article de la Presse:

    http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/bataille-des-plaines/200903/05/01-833629-47-des-canadiens-deplorent-lannulation-de-la-reconstitution.php

    Vous dîtes qu’un Québec fort économiquement pourrait accéder à l’indépendance facilement et que « ça, c’est meilleur que toutes les marches que l’on pourra organiser ». Je suis totalement en accord avec vous! Par contre, ceci n’empêche pas l’organisation d’une marche.

  7. Richard3 dit :

    @ Casimir:

    J’aimerais apporter une précision, après avoir jeté un oeil à votre lien.

    Ce que dit l’article en question est que 55% des québécois sondés ont dit que la décision de la CCBN d’annuler la reconstitution était la bonne. C’est donc dire que le sondage fut réalisé après l’annulation, et après tout le battage médiatique qui a entouré l’affaire, y compris les interventions de Falardeau et de Bourgeois. J’aurais été bien curieux de voir les résultats d’un tel sondage, s’il avait été effectué avant tout le battage médiatique. Je ne suis pas certain qu’une majorité aurait été en désaccord; je crois plutôt qu’une majorité aurait été indifférente.

    @ Jonathan Bolduc:

    Je risque peut-être de vous contrarier, en écrivant ceci, mais l’affaire de la reconstitution ne m’a pas du tout choqué, et je ne me suis pas non plus senti affronté, en tant que québécois.

    Je ne dis pas que j’y aurais nécessairement assisté, mais je crois qu’en tant que québécois, je suis capable de considérer une telle reconstitution pour ce qu’elle est, c’est à dire rien d’autre qu’une reconstitution. L’épisode fut triste, à plusieurs points de vue, comme c’est le cas pour toute défaite, mais quand on regarde les conséquences probables, en fonction de toutes les issues possibles, de cette bataille, j’ose croire que les québécois ne s’en sont pas trop mal sortis. Je veux dire, nous n’avons pas été déportés, comme le furent les acadiens, ni n’avons été exterminés, comme la chose fut tentée envers d’autres peuples, et ce en des temps beaucoup plus récents.

    Évidemment, comme vous le mentionnez, c’est une question de perception personnelle. Mais n’oublions pas qu’avant la conquête, les français ont « oublié » les québécois dans leurs arpents de neige plus souvent qu’à leur tour. Et lors du traité de Paris, en 1763, ils ont préféré conserver « la canne à sucre », au lieu des « cabanes à sucre ». Moins d’ouvrage, plus payant? Nous ne le saurons probablement jamais.

  8. @Casimir

    J’ai 62 ans. Je viens d’écrire un Manifeste pour un Québec fier !. Puis-je me permettre de vous dire que ça me désole quand vous écrivez « La polémique entourant la commémoration de la bataille des plaines d’Abraham a démontré clairement que deux nations s’affrontent au sein du Canada.” C’est quand même incroyable qu’au Québec, on en soit encore obligé d’affirmer une telle chose en début d’article.

    @ Richard3

    Vous écrivez “Je ne dis pas que j’y aurais nécessairement assisté, mais je crois qu’en tant que québécois, je suis capable de considérer une telle reconstitution pour ce qu’elle est, c’est à dire rien d’autre qu’une reconstitution. L’épisode fut triste, à plusieurs points de vue, comme c’est le cas pour toute défaite, mais quand on regarde les conséquences probables, en fonction de toutes les issues possibles, de cette bataille, j’ose croire que les Québécois ne s’en sont pas trop mal sortis. Je veux dire, nous n’avons pas été déportés, comme le furent les Acadiens, ni n’avons été exterminés, comme la chose fut tentée envers d’autres peuples, et ce en des temps beaucoup plus récents.”

    Un peu plus et vous nous demanderiez de les remercier. Vraiment !

    Vous avez aussi écrit : “…le Québec gagnera sa souveraineté, mais plutôt par le développement d’une économie très forte, de façon à être indépendant, d’abord et avant tout, de la péréquation…”

    Et si c’était le contraire. Si l’indépendance du Québec était la clé pour développer une économie très forte. Moi, je pense que la position du Québec au sein du Canada est un des obstacles à son plein développement !

  9. Richard3 dit :

    @ Michel Laurence:

    Vous dites « Si l’indépendance du Québec était la clé pour développer une économie très forte. Moi, je pense que la position du Québec au sein du Canada est un des obstacles à son plein développement !  »

    Ça, Michel, c’est ce que les souverainistes tentent de démontrer. On n’a qu’à regarder le cheminement de la plupart des dossiers économiques pour se rendre compte que tout ce qui est gouvernemental, au Québec, est une véritable machine à pomper les fonds publics, en retour de bien peu de résultats, et ce tous partis politiques confondus. On peut associer les libéraux au CHUM, comme les péquistes à la Gaspésia; il suffit de fouiller un peu pour se rendre compte que chaque parti a ses écueils.

    Pendant ce temps, nous possédons une véritable « machine à cash », en Hydro-Québec, mais d’aucuns s’offusquent dès qu’elle annonce des profits. Et si Loto-Québec veut s’associer avec des entreprises de prestige, comme le Cirque du soleil, pour développer un grand projet, on ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues, et ce pour toutes sortes de raisons. Je crois qu’il est possible d’aller chercher suffisamment de revenus avec ce que l’on peut contrôler, économiquement, compte tenu de notre statut actuel au sein du Canada, pour démontrer que l’on est un état viable économiquement. Une fois cette preuve faite, il deviendra beaucoup plus risqué, pour le fédéral, de vouloir « mettre le Québec à sa place ».

    Je vous donne un exemple. Imaginez le fils dont les relations avec son père sont plutôt orageuses. Si le fils se trouve un travail, est parvient à subvenir à ses propres besoins, il peut toujours quitter la maison, s’il trouve que son père lui manque de respect, parce qu’il sait que si l’apprentissage de la vie sera dure, il en aura, à tout le moins financièrement, les moyens. Par contre, si le fils dit toujours « Un jour, j’vais quitter la maison! », mais qu’il passe son temps à quémander de l’argent à son père, le rapport de force du fils sera beaucoup moins grand. Et si un jour, c’est le père qui en a ras-le-bol, et fout son fils dehors, celui-ci sera sérieusement dans le trouble.

    Dans la situation actuelle, et ceci dit sans tenir compte de la présente crise financière mondiale, un Québec souverain – ou encore « expulsé » du Canada – se verrait obligé de composer avec la Banque Mondiale, et le Fonds monétaire international, afin de combler son budget. Il se rendrait rapidement compte que les conditions d’Ottawa n’étaient pas si contraignantes, finalement.

    Était-ce à cela que pensait Pauline Marois, quand elle avait fait état de « quelques années d’instabilité »?

  10. Cher ami,

    Vous confirmez ce que je pense, ce que j’ai écrit dans mon Manifeste, ce que j’ai écrit dans un autre texte qui devrait être publié sous peu : La fierté d’être Québécois.

    Aborder la question de l’indépendance du Québec du point de vue économique est la meilleure façon de noyer le poisson. Voilà la raison pour laquelle c’est l’argument favori des fédéralistes.

    Je me rappelle du temps où les fédéralistes prédisaient un dollar à Lévesque à 75 cents; j’ai depuis, comme vous, connu le dollar au Canada à 62 cents et le Canada existe toujours, les Canadiens aussi.

    Regardez l’attitude du fédéral au sujet d’Abitibi-Bowater, notre GM; des milliards pour l’Ontario et quoi pour le Québec ?

    Même en prenant l’exemple que vous avez vous-même choisi. Le jeune qui a des liaisons orageuses avec un père qui lui manque de respect devrait le quitter, point à la ligne. Attendre ne ferait qu’ajouter à sa frustration, le démotiver et le pousser à un laisser-aller généralisé. En n’acceptant pas la situation, en quittant la maison du père, il s’assume, augmente de beaucoup sa confiance et son estime de soi. Ce sera difficile au début, mais plus sa situation s’améliorera, car elle s’améliorera , plus il sera autonome et fier. Si, un jour, il lui vient l’envie de revoir son père, ils traiteront d’égal à égal et, quelque part, dans son for intérieur, son père l’admirera.

    J’en ai assez de voir les Québécois être frustrés, démotivés et empreints à laisser-aller les choses, et de ne pas avoir bien en mains tous les outils nécessaires à son émancipation.

    Je ne suis pas, et ne serai jamais, un « Tanguy » du Canada.

  11. Casimir dit :

    @ Michel Laurence

    Je suis totalement en accord avec vous lorsque vous mentionnez que c’est dommage d’être encore obligé d’écrire « La polémique entourant la commémoration de la bataille des plaines d’Abraham a démontré clairement que deux nations s’affrontent au sein du Canada” dans un texte publié au Québec.

    Une bonne partie de la population ne le voit tout simplement pas. Alors, j’ai pensé qu’un exemple concret comme la controverse des Plaines pourrait aider…

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